Intervention sur l’inadaptation des normes agricoles à l’outre-mer

Senat-cornano-outre-mer

Vous trouverez ci-dessous mon intervention en date du 22 novembre 2016, sur la proposition de résolution européenne sur l’inadaptation des normes agricoles et de la politique commerciale européenne aux spécificités des régions ultra-périphériques.

Mon intervention

Monsieur le Président, Madame la Ministre, chers collègues,

Je tiens à remercier nos collègues à l’origine de cette proposition de résolution européenne sur l’inadaptation des normes agricoles et de la politique commerciale européenne aux spécificités des régions ultrapériphériques.

Ce texte, de grande qualité, dresse un bilan juste, quant à la situation de l’agriculture des régions ultrapériphériques et en tire les conclusions en termes notamment de réglementations phytosanitaires.

Celles-ci rejoignent les conclusions du rapport d’informations que j’ai eu l’honneur de rédiger avec Jérôme Bignon, sur les solutions territoriales en outre-mer. Les projets présentés mettent en valeur un ensemble de réalisations innovantes et illustrent une sélection de six thématiques majeures pour les outre-mer, notamment la définition d’un modèle agricole robuste et résilient.

Au lendemain de la COP22 de l’action, nous devons donner toute la visibilité nécessaire aux capacités d’innovation de nos territoires.

Nos territoires, dont certains se caractérisent par leur nature archipélagique à l’image de la Guadeloupe, sont aux avant-postes de la vulnérabilité climatique. Ils sont également à l’avant-garde en matière notamment de définition de stratégies d’adaptation et de conception de projets innovants, en favorisant le développement local, pour tendre vers l’autosuffisance alimentaire en 2050.

De nombreuses initiatives ont vu le jour. Celles-ci s’inscrivent dans un mouvement structurel de transformation des modèles de production et de consommation. Il faut renforcer le mouvement par des actions concrètes, de manière à combler le fossé entre les engagements souscrits et la réalité quotidienne.

S’agissant des questions relatives à l’amélioration de l’étiquetage et à l’information du consommateur, deux exemples montrent que le consommateur est parfois induit en erreur par la labellisation ou l’étiquetage. Ainsi, 80 % de la banane « bio » écoulée en Europe vient de la République Dominicaine ; elle bénéficie d’une « aura positive» grâce à ce label, alors qu’elle est traitée avec du Banol et qu’elle est donc moins respectueuse de l’environnement et bien plus traitée que la banane conventionnelle des Antilles.

Il en va de même avec les produits dits « pays » qui sont très présents dans les magasins des outre-mer ; cette désignation laisse penser qu’ils sont issus de producteurs locaux et de circuits courts alors que ces produits sont souvent importés depuis les pays tiers de l’environnement régional.

Permettez-moi de citer un seul exemple : celui du jardin créole.Un jardin de subsistance à partir duquel il est possible de tirer tous les aliments nécessaires à la vie humaine (glucides, lipides, protéines, vitamines et oligoéléments). Il se singularise par sa capacité à fournir une variété de protéines d’origine végétale, dont le couplage traditionnel avec des céréales facilite l’assimilation par le corps humain, qui est essentielle pour son approvisionnement en acides aminés.

Il permet de moins dépendre de l’élevage pour la production de protéines, ce qui signifie à la fois produire plus de protéines par surfaces mobilisées mais aussi consommer moins d’intrants.

Ce modèle de biodiversité agricole est particulièrement intéressant alors que l’agriculture mondiale doit relever conjointement le défi démographique et le défi climatique.

C’est un paradoxe que 80 % de l’alimentation des Guadeloupéens soit importée alors qu’il existe une grande diversité de cultures qui peuvent s’épanouir sur son sol. Si l’autosuffisance alimentaire et autarcie sont utopiques, il demeure une marge de progression conséquente. Il convient donc de ne pas laisser perdre le savoir associé à la culture du jardin créole et d’en poursuivre la transmission.

Pour toutes ces raisons, je voterai en faveur de cette proposition de résolution.

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